“Screaming Lord Sutch & his Savages” traduisez le Seigneur Sutch hurlant et sa horde de Sauvages.

Un membre de la chambre des Lords, amateur de Rock’n’Roll, au pays de sa Majesté Elisabeth II ?!

“Absolutely NOT – of course ! My taylor is perhaps rich but Screaming Sutch is not a nobleman.”

Mais alors qui est ce personnage qui a l’audace d’usurper ainsi un titre de noblesse?

Jusqu’en 1999, date de sa tragique disparition, Dave Sutch s’est produit sous le pseudonyme de Screaming Lord Sutch. Ses spectacles consistaient en des concerts de musique Rock avec des mises scènes généralement inspirées par des films d’épouvante. Il arrivait sur scène dans un cercueil porté par ses musiciens, les Savages – eux mêmes vêtus de peaux de bête comme les hommes des cavernes. Il en surgissait en hurlant avant d’entamer un répertoire de reprises de classiques de Rock’n’Roll de la belle époque – entendez Chuck Berry, Little Richard, Jerry Lee Lewis – alternant avec quelques compositions originales dans le plus pure style goresque : mettant en exergue son penchant pour le « macabre » et vantant les exploits de ses héros favoris – à savoir le séduisant Frankestein, le coquet Dracula ou encore le convivial Jacques L’éventreur. Ses déguisements changeaient selon les chansons, mais ceux qui le caractérisaient le plus étaient bien entendu la parfaite panopli du Lord anglais du 19 ème siècle – costume style « pinguoin » et chapeau haut de forme noir – mais surtout l’accoutrement bien moins élégant du « Sauvage de Bornéo » : fourrure et tête de buffle surmontée de deux énormes cornes. La chanson la plus connue de son répertoire demeure « Jack The Ripper ». Rien à voir avec les valeureux nettoyeurs de nos rues, qui nous réveillent certains matins au son de leurs camions-poubelles, mais un hymne à la gloire d’un des personnages certainement les plus énigmatiques et crapuleux, qui hantait les rues de Londres à la fin du 19 ème siècle. Sur scène, il pourchassait ses musiciens avec une hache géante ou encore effrayant les jeunes filles assises au premier rang en les menaçant avec son énorme… couteau. Ah oui j’oubliais, l’une des particularités de Screaming Lord Sutch était sa coupe de cheveux très en avance pour l’époque : il portait les cheveux très long et ce dès 1960 ! Ne rappelle t’il pas l’un des fleurons de la période Yé-Yé en France ? Mais si bon sang mais c’est bien sûr : Hector, le « Chopin du Twist. » Lui aussi, dans les années soixante, arrivait sur scène dans un cercueil et portait un chapeau haut de forme. En fait, Hector comme Screaming Lord Sutch se sont tous les deux fortement inspirés du jeu de scène du bluesmen noir américain "Screaming Jay Hawkins", auteur de l’inoubliable « I put a spell on You » jusqu’au crane humain servant de porte-bonheur. 

   

Autre particularité commune aux deux soit-disant « chanteurs » chevelus : tous deux étaient accompagnés de musiciens exceptionnels faisant oublier leurs lacunes musicales. Les Savages se sont révélés être une véritable pépinière de Rockstars. Les futurs membres fondateurs de Deep Purple Ritchie Blackmore et Nick Simper y ont fait leurs classes. Le premier pianiste des Savages, Nicky Hopkins loua ses services aussi bien aux Rollingstones qu’aux Beatles, Kinks, Easybeats, Quicksilver Messengers et autres… Un de ses innombrables successeurs deviendra une vedette de la télévision britannique sous le nom de « Paul Nicholas ». Deux autres membres originels des Savages, le batteur Carlo Little et le bassiste Rick Brown, de même que le pianiste Andy Wren, ont donné un sérieux coup de pouce aux Rollingstones à leurs débuts mais ont refusé d’en faire partie intégrante. Entre 1960 et 1999, pas moins d’une centaine de musiciens s’y sont succédés et ont du porté les fameux uniformes velus d’homme des cavernes.

En revanche, contrairement à ce qu’affirmait souvent Screaming Lord Sutch, la totalité du gratin des musiciens rock britanniques n’a pas débuté dans son groupe.

Non – Jimmy Page et John Bonham des Led Zeppelin n’ont jamais fait réellement parti de ses Savages. Le premier n’a fait que participer qu’à quelques sessions d’enregistrement sporadiques avec Sutch au milieu des années 60. Le second le rejoignit pour quelques morceaux qui figurèrent sur le premier album du Lord, bien plus tard, à une époque où le dirigeable s’était déjà bien élancé.

Non – les regrettés Mitch Mitchell et Noel Redding, respectivement batteur et bassiste du Jimi Hendrix Experience, ne s’y sont pas rencontrés. Mais ils se retrouvèrent à l’occasion des dites sessions d’enregistrement post- Experience.

Non – Keith Moon des Who n’y a pas fait son baptême de scène. Cependant, le batteur des Savages, Carlo Little lui donna quelques leçons de batterie.

Serait-ce par excès de mégalomanie ou due à une mémoire visiblement défaillante que Screaming Lord Sutch était persuadé que tous avaient commencé leurs carrières au sein de son groupe dans les années 60 ?  La chronologie des dates était apparemment assez confuse dans son esprit. Ils se souvenait très bien des musiciens qui ont fait carrière dans les décennies suivantes mais absolument pas de ceux qui sont demeurés inconnus et qui pourtant l’ont bel et bien épaulé à une époque où ses débuts étaient guère prometteurs.