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David Edward Sutch est né le 10 Novembre 1940 à Kilburn, au nord de Londres.

En 1956, alors que le Rock’n’Roll débarque des Etats Unis, il est tour à tour, apprenti chaudronnier, apprenti plombier et apprenti mécanicien dans un garage automobile. Il décide finalement de racheter l’équipement d’un laveur de carreaux et s’installe à son compte comme tel.

Trois ans après, il frappe à la porte du « Two I's Coffee Bar », alors le « Golf Drouot » anglais – où les premières stars du Rock outre Manche se sont fait connaître. A l’époque, il porte encore les cheveux courts et arbore une magnifique banane sur le front pour mieux ressembler à son idole d’alors, Elvis Presley. C’est précisement ce qu’on lui reproche. Il revient plus tard, cette fois-ci, en changeant complètement son apparence : les cheveux ont poussé… beaucoup poussé mais le plus surprenant c’est qu’il a troqué son blouson de rocker et son casque de biker avec un manteau de fourrure et une tête de bison surmontée de deux énormes cornes. Il est devenu « le sauvage de Bornéo » - titre dont malheureusement Jimi Hendrix héritera, lorsqu’il débarque sur la perfide Albion en 1966, aux yeux de certains journalistes Anglais rétrogrades. Au départ, il n’a pas encore de groupe et est souvent accompagné sur la scène du Two I's par des musiciens « maison » tels que le pianiste fou-chantant Wee Willie Harris. Ce dernier, parfait imitateur de Jerry Lee Lewis, est certainement le premier des rockers excentriques : il porte une peau de léopard en guise de tenue de scène et s’est teinté les cheveux en rose. Par ailleurs, à la même époque, outre-Atlantique sort le standard Rythm’n’Blues « I put a spell on You » interprété par une sorte de sorcier noir du nom de "Screaming Jay Hawkins", qui arrive sur scène dans un cercueil et tient toujours dans sa main gauche une canne surmontée d’un crâne humain qui lui tient bonne compagnie. Prenez tous ces ingrédients et faites l’équation : Wee Willie Harris (tenue de Tarzan + cheveux décolorés) + Screaming Jay Hawkins (cercueil + crâne humain + beuglements) = : vous obtenez Screaming Lord Sutch ! Et oui, la recette était aussi simple mais il fallait au moins y penser. En revanche la longue touffe de cheveux qu’il a sur la tête n’est pas une perruque et c’est son originalité. Il ne l’a emprunté à aucun de ses contemporains – nous sommes en 1959.

N’oublions pas qu’à l’époque le service militaire n’a pas encore été aboli et les jeunes anglais ont généralement les cheveux tondus pour une durée de deux ans. C’est précisément le temps que Dave Sutch mettra à peaufiner sa coupe de cheveux, loin des casernes. Son premier fait d’arme, ainsi relooké, il ne le fera pas en tant que chanteur mais comme participant à une marche anti-nucléaire entre la ville d’Aldermaston et Londres. Il était bel bien en avance sur son époque tout aussi bien au niveau des idées politiques que de la mode. C’est d’ailleurs dans la politique qu’il jettera son dévolu en créant une sorte de parti politique « dérange-tout », ouvertement provocateur et politiquement incorrecte, le Raving Loony Parti. Cette carrière politique, c’est en 1963 qu’il l’entame, suite à l’affaire Profumo mettant en cause le ministre anglais de la défense d’alors et une call-girl. Il s’agissait de critiquer sévèrement la classe politique, voire la politique même en tant que descipline soit-disant noble et « sérieuse. » Mais dans ce domaine, il n’aura guère eu de succès que sur le plan discographique en plus de vingt ans de carrière. Au matin du 17 juin 1999, sa dernière compagne le découvre, le teint très pâle et se tenant immobile au pied des escaliers de leur maison. Non, il ne s’était pas maquillé et il ne s’agissait pas de la répétition d’un future spectacle. Il venait de se pendre au terme d’une longue période de dépression.